
En coulisse
La Gen Z va-t-elle vraiment sauver le cinéma ? Voici ce qu’une étude passe sous silence
par Luca Fontana

Deux superproductions, une même date de sortie… et un studio qui invente soudainement de nouveaux formats pour masquer un échec. Bienvenue à Hollywood, où le marketing de la panique se met en place plus vite qu’un bon film.
Le 18 décembre 2026, deux des plus grands blockbusters de l’année sortiront simultanément au cinéma : Avengers : Doomsday de Disney et Dune : partie 3 de Warner Bros.
Deux studios, une seule date, et une question que se pose l’ensemble de l’industrie cinématographique depuis des mois : est-ce que Disney et Warner Bros. sont soudainement devenus fous ?!
Ce qui va se passer dans les salles de cinéma en décembre est une impasse hollywoodienne qui pourrait bien se terminer par un véritable carnage cinématographique. Les deux studios savent en effet que deux méga-superproductions ne peuvent pratiquement jamais rapporter un milliard de dollars le même week-end. Barbenheimer a été, en 2023, la rare exception qui a confirmé cette règle.
Celui des deux qui finira par être perdant risque de le ressentir douloureusement. Pour Disney, les risques sont bien plus importants que pour Warner Bros si les deux studios s’obstinent à maintenir leur sortie en décembre. La preuve : il y a quelques jours, Disney a inventé sans hésiter son « propre » format IMAX après que Warner Bros l’ait devancé et s’attire désormais moqueries et sarcasmes.
Disney l’a baptisé « Infinity Vision ». Concrètement, il s’agit d’un nouveau programme de certification destiné aux salles de cinéma haut de gamme équipées de grands écrans, d’une projection laser et d’un son surround. Cela ressemble à un véritable format cinématographique, mais ce n’en est pas un.
Disney certifie plutôt des salles de cinéma déjà existantes et les commercialise comme s’il s’agissait d’une nouveauté, ce qui est tout simplement absurde. Il n’y a ni nouvelles salles, ni nouvelles technologies, ni nouvelles techniques d’enregistrement. La seule chose qui distingue « Infinity Vision » d’une simple opération de marketing trompeuse, ce sont ses spécifications techniques, qui sont en effet tout à fait correctes, mais loin d’être révolutionnaires (en anglais).
Certains commentateurs hollywoodiens l’ont exprimé encore plus clairement. « Infinity Vision pourrait tout aussi bien signifier : “Nous n’avons pas d’IMAX, mais achetez quand même le billet le plus cher” », a résumé par exemple le célèbre Hollywood Reporter (en anglais). D’autres ont écrit (en anglais) : « Infinity Vision est une insulte à IMAX et aux exploitants de salles de cinéma ! »
De X aux blogs spécialisés, la réaction dominante des cinéphiles est en substance la suivante : « Un effort admirable, Disney, mais merci de ne pas nous prendre pour des idiots. »
Aïe !
Qu’est-ce que Disney avait en tête ? Les formats haut de gamme tels que l’IMAX ou le Dolby Cinema comptent désormais parmi les principaux moteurs de chiffre d’affaires des studios de cinéma. Ainsi, rien qu’en 2025, l’IMAX a réalisé un chiffre d’affaires record de 1,28 milliard de dollars à l’échelle mondiale. Pas étonnant : un billet IMAX coûte en moyenne environ 17,69 dollars aux États-Unis, soit nettement plus que les 13,29 dollars d’un billet standard.
Quiconque s’assure les écrans IMAX tant convoités pour son film ne se contente donc pas de gagner plus d’argent par billet, mais envoie également un message : « Nous sommes l’événement incontournable. » Ce qui, à son tour, attire encore plus de spectateurs.
Warner Bros. a remporté cette bataille avant même qu’elle n’ait vraiment commencé. En effet, Dune : partie 3 s’est directement assuré une fenêtre exclusive en IMAX (en anglais) dès sa sortie. Avengers : Doomsday, en revanche, ne pourra être projeté en IMAX que sur quelques marchés internationaux sélectionnés, mais pas aux États-Unis ni dans la plupart des autres territoires du monde.
Les préventes montrent déjà à quel point cet accord IMAX est important : les billets pour les séances IMAX 70 mm de Dune : partie 3 ont été épuisés (en anglais) en quelques heures. Ce n’est pas seulement de l’argent IMAX que Disney ne va pas gagner, c’est une démonstration de force qui montre sans équivoque à Disney que Warner n’a pas la moindre intention de modifier quoi que ce soit à sa sortie prévue en décembre.
Comme dit : une impasse. Et celui qui hésite le premier sera celui qui perd.
Disney n’aurait guère pu essuyer un coup plus dur. Or, après les débuts plutôt décevants sur le plan financier de Thunderbolts* et Les quatre fantastiques, Disney avait désespérément besoin d’une bonne nouvelle, les grands succès Marvel sont désormais devenus l’exception.
Ce n’est pas un hasard. Après la conclusion triomphale de la saga Infinity avec Avengers : Endgame en 2019, Marvel a tenté d’inaugurer une nouvelle ère et a lamentablement échoué. De nouveaux personnages tels que Moon Knight, She-Hulk ou Ms. Marvel n’ont pas réussi à séduire un large public. Même des noms bien établis comme Benedict Cumberbatch dans le rôle de Doctor Strange ou Pedro Pascal dans celui de Mister Fantastic n’ont plus réussi à remplir les salles de cinéma.
À cela s’est ajouté le fiasco Jonathan Majors : l’acteur, qui devait incarner Kang le Conquérant, le prochain super-vilain emblématique de Marvel, et succéder à Thanos, a dû être écarté de tous les projets au pied levé à la suite de poursuites civiles pour violence domestique.

Marvel a alors tiré le frein d’urgence, sans vraiment briller dans cette manœuvre. Avengers : Doomsday risque d’être (pour employer un euphémisme) un film nostalgique bon marché dans sa forme la plus pure : Robert Downey Jr. fait son retour, non pas en tant qu’Iron Man, mais dans le rôle du méchant emblématique Docteur Fatalis. Chris Evans est également de retour et même des icônes du début des années 2000 comme Patrick Stewart, Ian McKellen et James Marsden reviennent pour reprendre leurs rôles des très anciens films X-Men.
Le message sous-jacent est aussi clair que peu glorieux : « On a tout gâché. Oubliez les dernières années, s’il vous plaît. Voici vos anciens favoris. »
La question cruciale est de savoir si le public appréciera et c’est précisément pour cette raison que la défaite d’IMAX face à Dune : partie 3 de Warner est bien plus qu’un simple revers logistique. C’est le pire moment imaginable pour se retrouver à la traîne sur le principal levier de revenus du cinéma moderne.
Pourtant, l’idée derrière « Infinity Vision » n’est pas si bête que ça. Il est vrai qu’il existe, outre l’IMAX et le Dolby Cinema, d’autres salles haut de gamme de premier ordre qui, jusqu’à présent, ne disposaient tout simplement pas d’un label commun et qui, de ce fait, ne sont pas perçues comme telles par le public. La phase de test avec la ressortie en septembre de Avengers : Endgame donne à Disney trois mois pour établir le concept et ce n’est pas un mauvais calcul.
Comme tout est une question de timing, lorsqu’un studio lance un nouveau label haut de gamme peu après avoir perdu la bataille contre IMAX, on ne parle pas de stratégie mais plutôt de limitation des dégâts. On peut douter qu’« Infinity Vision » parvienne à compenser les millions perdus avec IMAX, le fait que Disney tente quand même le coup en dit long.
J’écris sur la technologie comme si c’était du cinéma – et sur le cinéma comme s’il était réel. Entre bits et blockbusters, je cherche les histoires qui font vibrer, pas seulement celles qui font cliquer. Et oui – il m’arrive d’écouter les musiques de films un peu trop fort.
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