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En coulisse

Papa se met aux Pokémon, 3e partie : comment reconnaître les fausses cartes

Michael Restin
20/8/2026
Traduction : Stéphanie Casada
Photos: Christian Walker

Mon fils collectionne les cartes Pokémon. Je n’y connais rien. Ce sujet vous dépasse un peu, vous aussi ? Je vous emmène à la rencontre d’experts en la matière : cette fois, je vais apprendre à déceler les fausses cartes.

« Parmi ces douze cartes, seules trois sont des vraies. Tu les vois ? » Patrick Landis, spécialiste Pokémon chez TwoMoons, dispose toutes les cartes suspectes sur une table du bar de Stettbach, un lieu dédié aux jeux de cartes à collectionner et aux jeux de société. Avant même que j’aie eu le temps de me faire une vue d’ensemble, mon fils avait déjà repéré les originales. « Quel œil ! » s’exclament Patrick et Jonas Rudin, cofondateur de la boutique TCG et lui aussi fin connaisseur en la matière. Encore une fois, c’était trop rapide pour moi. Toutes ces informations qui affluent sans arrêt depuis quelque temps finissent par me donner le tournis.

J’ai compris dans les grandes lignes en quoi consistent les collections et comment la Pokémon Company parvient habilement à répondre aux attentes du marché. J’ai également appris beaucoup de choses sur la valeur parfois surprenante de ces cartes et sur le processus d’évaluation rigoureux auquel ces pièces de collection sont soumises.

Intéressons-nous à présent à la face sombre du phénomène : les fausses cartes. Elles circulent désormais dans le monde entier, suscitant une vive déception chez celles et ceux qui se laissent piéger.

Cela peut arriver n’importe où.

« La cour de récréation est sans doute l’un des endroits où les plus jeunes se font piéger par leurs aînés », observe Jonas. De toute façon, on trouve de tout sur Internet. Et lors de leurs voyages, de nombreux touristes ramènent des cartes d’origine douteuse.

Aujourd’hui, Jonas Rudin me fait découvrir l’univers des contrefaçons.
Aujourd’hui, Jonas Rudin me fait découvrir l’univers des contrefaçons.

« Il arrive souvent, selon ce que j’entends, que des parents achètent de faux paquets Pokémon pendant les vacances. C’est ainsi que les fausses cartes atterrissent chez nous », explique Patrick. Grand nombre ignore sans doute que ces prétendues bonnes affaires en provenance d’Espagne, de Turquie ou de Thaïlande sont des contrefaçons.

Patrick Landis connaît à peu près toutes les astuces utilisées par les faussaires.
Patrick Landis connaît à peu près toutes les astuces utilisées par les faussaires.

« J’ai même vu de faux boosters à 1,50 euro en Grèce », intervient mon fils. « Oui, dans ce cas, tu sais immédiatement ce qu’il en est », sourit Jonas. Ici, tout le monde comprend tout de suite, sauf moi. Voyons, étape par étape, comment identifier les fausses cartes.

Je comprends maintenant pourquoi mon fils a d’emblée su repérer les trois vraies cartes parmi les fausses : « Quand on n’est pas expert en la matière, le plus facile est de commencer par regarder le verso », explique Patrick.

1. Mauvaises nuances de couleur

Les cartes occidentales se reconnaissent à leur bordure bleu foncé au dos. Cette bordure met manifestement de nombreux faussaires en échec : ils ne parviennent pas à en reproduire la nuance exacte. « C’est pour ça qu’il faut toujours avoir une carte de référence sur soi », dit Patrick. En réalité, la teinte des contrefaçons que nous avons sous les yeux est nettement plus pâle. Elles sont plus pâles ou tirent vers le violet.

La qualité d’impression est révélatrice : souvent, la teinte n’est déjà pas la bonne.
La qualité d’impression est révélatrice : souvent, la teinte n’est déjà pas la bonne.

« Ce test n’est pas infaillible à 100 %, mais si le taux de saturation n’est pas correct, c’est un signal d’alerte indéniable. » Autrement dit, tous les voyants devraient être au rouge. Il existe aussi des contrefaçons qui reproduisent fidèlement la teinte, mais elles sont rares. Les « misprints », c’est-à-dire les cartes officielles avec des défauts d’impression, sont encore bien plus rares.

2. L’astuce de la lampe de poche

Jonas sort son smartphone, allume la lampe de poche et place une carte devant. « Sur une carte anglaise ou allemande, rien ne doit se voir par transparence », explique-t-il. Puis il me montre une autre carte, en apparence tout à fait banale : « Voilà à quoi ressemble un faux. »

La lumière la traverse sans difficulté, et les contours de la LED s’y dessinent clairement. Je comprends. Si cela se produit avec une carte allemande ou anglaise, auxquelles nous nous limitons ici, je suis averti. En effet, toutes les cartes occidentales sont conçues comme un sandwich, avec une couche sombre au milieu, opaque à la lumière et assurant leur rigidité.

C’est d’une simplicité réjouissante. Mais, un instant, on parle toujours de Pokémon, donc c’est en fait plus compliqué. « Ouvre le paquet japonais », dit Jonas. « C’est justement là que l’astuce ne marche pas. » Aussitôt dit, aussitôt fait. Et on voit bien que la lumière traverse aisément ces cartes japonaises finement travaillées.

Contrairement aux cartes occidentales, les cartes japonaises sont translucides.
Contrairement aux cartes occidentales, les cartes japonaises sont translucides.

Hein ? Les cartes sont-elles produites à moindre coût au Japon, pays d’origine de Pokémon ? « Le fabricant n’est pas le même que dans le reste du monde », explique Jonas. Celui-ci offre bien sûr une impression de grande qualité, mais selon un autre procédé. Les cartes japonaises sont plus rigides, offrent une surface plus lisse et, dès la sortie du booster, ont bien moins souvent ces petits défauts disgracieux sur les bords.

Outre les cartes lambda, les pièces rares et exceptionnelles présentent d’autres obstacles qui sont généralement (trop) difficiles à surmonter pour les faussaires souhaitant produire des contrefaçons parfaites.

3. Des stries révélatrices

Même à l’œil nu et sans lampe de poche, certaines cartes révèlent des indices permettant de reconnaître les faux. « Ce VMAX ne brille pas autant, et sur les contrefaçons, les rainures sont souvent droites au lieu d’être en diagonale », m’explique mon fils, me confirmant au passage que je n’ai définitivement aucun souci à me faire quant à ses connaissances sur l’univers Pokémon. Il a su reconnaître les éléments déterminants.

D’une part, les cartes Special Illustration Rares et autres cartes Full Art rares présentent une texture particulière qui complique la tâche des faussaires. Les microrainures sont estampées dans la carte et ne suivent pas simplement une ligne droite, mais des motifs spécifiques. « Là, on a de vraies cartes, et on voit exactement ce que tu veux dire », confirme Jonas à mon fils avant de se tourner vers moi. « Regarde ici : on distingue bien les rainures complexes, qui ne sont pas si faciles à contrefaire. »

Non seulement les contrefaçons se trahissent souvent sur ce point, mais elles se distinguent aussi par l’absence de la brillance caractéristique : l’effet holographique constitue un indice supplémentaire.

Ces fausses cartes se reconnaissent à leur brillance excessive et, parfois, à l’absence de texture.
Ces fausses cartes se reconnaissent à leur brillance excessive et, parfois, à l’absence de texture.

4. Le foiling de mauvaise qualité

Les holos sont plus courants et ne présentent pas nécessairement une texture striée. C’est la technique du foiling qui produit cet effet arc-en-ciel. La lumière s’y réfracte différemment selon l’angle de vue, contrairement à de nombreuses fausses cartes qui se contentent de la réfléchir comme un miroir coloré. « Ici, on voit une carte dont le foiling n’a pas d’éclat particulier. Si tant est qu’il y en ait un, il reste uniforme », illustre Jonas en montrant l’effet. Il paraît effectivement assez bas de gamme. Au lieu de mettre en valeur le motif de la carte, les tentatives de contrefaçon ont souvent l’effet inverse.

La brillance fait défaut ou est trop prononcée, et provoque de forts reflets. Le motif semble terne, délavé et manque de contraste, car le film holographique est simplement posé par-dessus et non en dessous. Il a parfois tendance à déborder sur le texte et les marges, alors que les cartes authentiques préservent ces zones. Le motif, dans lequel la brillance s’étend de manière rectiligne ou en diagonale sur la carte, peut également constituer un indice, à condition de s’y connaître. « Chez les générations précédentes, on procédait parfois différemment d’aujourd’hui », explique Patrick.

Une différence de brillance : la carte de gauche est authentique, celle de droite est une contrefaçon.
Une différence de brillance : la carte de gauche est authentique, celle de droite est une contrefaçon.

Je pourrais sans doute encore me laisser tromper par une contrefaçon plus ou moins bien réalisée. Ce n’est pas la seule raison pour laquelle Patrick recommande de toujours chercher une autre carte avec laquelle comparer au moindre doute.

5. S’aider d’Internet

Grâce à la recherche d’images, il est facile de trouver rapidement des visuels de référence de la version originale de n’importe quelle carte. Pour son exemple, Patrick utilise la fausse carte figurant sur la photo ci-dessus. « Quand je tape “Pikachu Zekrom SM168” et que je clique sur “Images”, j’obtiens directement des photos de cartes gradées », explique Patrick. Cette carte de grande valeur est souvent contrefaite, car l’original est lisse et ne présente pas de texture striée difficile à reproduire. Or, elle a un foil mat, à l’inverse de la fausse carte dont Patrick se sert pour m’expliquer la différence : « Celle-là a un foil particulièrement agressif. »

Il est également important d’effectuer la recherche à partir du numéro de collection, indiqué en bas à gauche. Dans le cas de cette carte spéciale, il s’agit du SM168. Pour les cartes issues des séries classiques, il se présente par exemple sous la forme 033/181 : le premier nombre correspond au numéro de la carte, le second au nombre total de cartes dans le set. « Tu peux bien sûr aussi simplement prendre une photo et demander à une IA : “C’est quoi cette carte ?” », explique Patrick. Mais c’est encore plus amusant d’écouter de vraies histoires venues du TCG Store, car elles émerveillent les débutants comme moi.

Contrefaçons : l’arnaque se perfectionne

« Nous venons de voir des exemples de contrefaçons relativement mal faites », explique Jonas. Même moi, j’arrive désormais à distinguer les différences. « Nous avons cependant déjà eu des cas de slabs contrefaits. » C’est le nom donné aux étuis en plastique scellés dans lesquels les cartes sont définitivement enfermées après avoir été expertisées par des professionnels, avec la note obtenue clairement indiquée. Avant cela, les experts vérifient non seulement l’état de la carte, mais aussi, bien sûr, si elle est authentique. Les collectionneuses et collectionneurs se fient à ce jugement. Cela représente une cible de choix pour les escrocs.

« Bien sûr, les slabs ne sont pas inviolables : il est toujours possible de les ouvrir », poursuit Jonas. Mais comment identifier ces contrefaçons si aucun défaut apparent, comme des coutures mal collées, ne trahit la manipulation ? Le prestataire de grading le plus connu pour les cartes Pokémon s’appelle PSA. « Chez eux, par exemple, je peux voir le motif de sécurité sous la lumière noire, en haut de l’étiquette », explique Jonas, et Patrick ajoute : « C’est un peu comme un billet de banque doté de différents éléments de sécurité que l’on peut vérifier les uns après les autres. » Il a déjà repéré des contrefaçons grâce à de légères différences au niveau de la police de caractères et du code-barres.

Carte gradée selon le système PSA : cette étiquette comporte des éléments de sécurité, comme un billet de banque.
Carte gradée selon le système PSA : cette étiquette comporte des éléments de sécurité, comme un billet de banque.

En saisissant le numéro de certification du slab sur le site de PSA (en anglais) ou auprès du prestataire concerné, il est souvent possible de consulter une image haute résolution de la carte originale et de poursuivre ainsi son examen. « Pour les soumissions les plus récentes, cela permet de comparer l’état de la carte à l’identique », explique Patrick. C’est ce que les agences de notation ont commencé à faire il y a quelques années, pour de bonnes raisons.

Les faussaires exploitent tous les moyens qu’ils estiment susceptibles de porter leurs fruits. Une vraie carte assortie d’une fausse note maximale est tout aussi possible que l’inverse. « Dans un cas, nous nous sommes retrouvés face à une carte contrefaite datant de 1997, placée dans un véritable slab. On ne comprend pas comment elle a pu y être insérée », raconte Jonas. Pour compliquer, ne serait-ce qu’un peu, les tentatives de fraude, mieux vaut éviter de publier en ligne des photos de cartes gradées de grande valeur laissant apparaître le numéro de certification et le code-barres.

Au final, ce sont toujours les naïfs qui se font avoir. Il y a de plus en plus de chances que cela ne m’arrive pas dans 20 ans. Soit parce que mon fils continue de se passionner pour sa collection, qui ne cesse de s’étoffer, soit parce que j’en sais maintenant assez pour éviter de la brader pour quelques francs sur un marché aux puces.

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Écrivain amateur et père de deux enfants, j’aime être en mouvement et avancer en équilibre sur le chemin sinueux de la vie de famille. Je jongle avec plusieurs balles et il m’arrive parfois d’en faire tomber une. Il peut s’agir d’une balle, ou d’une remarque. Ou des deux. 


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