
Guide
Ma liste de matériel pour un trail de 50 kilomètres
par Siri Schubert

Je franchis la ligne d’arrivée après tout juste 52 kilomètres et environ 2500 mètres de dénivelé. Je n’ai plus de jambes, mais c’était le pied. Je vous raconte mon expérience de l’ultramarathon du Mont-Terrible.
Samedi matin, peu après 8 h. Je suis sur la ligne de départ des Courses du Mont-Terrible dans le Jura suisse. Je pourrais être en train de faire la grasse matinée ou de siroter tranquillement un café.
Au lieu de ça, je suis ici, avec des sentiments mitigés. Il y a l’anticipation d’une aventure à travers de mystérieuses gorges de calcaire, des prairies parsemées de fleurs printanières et des sentiers forestiers sinueux, mais aussi une certaine appréhension : est-ce que je vais y arriver ? Suis-je assez préparée ? Quels sont les défis qui m’attendent ?
Dans le monde de l’ultratrail, on considère que les courses de 50 kilomètres s’adressent aux novices. J’avoue que cette distance m’impressionne déjà pas mal. Après tout, c’est la première fois que j’essaie de courir une aussi longue distance avec un tel dénivelé. Sans compter que la course se déroule sur de petits sentiers abrupts jonchés de racines et de pierres.

Les coureuses et coureurs élites ont pris le départ il y a quelques minutes, car l’événement constitue également l’épreuve du championnat suisse de trail running. Au total, près de 430 athlètes participent au 50K et 394 parviendront jusqu’au bout.
Le signal de départ retentit. Je m’étais juré de ne pas commencer trop vite, mais au milieu du peloton qui s’élance, j’en oublie mes bonnes résolutions. On commence par une descente, je me laisse porter, tranquille. Mais dès la première petite montée, je me rends compte que l’allure est clairement trop rapide. Je ralentis le rythme. Ma respiration et mon rythme cardiaque se calment.
Je secoue la tête, amusée par mon erreur. J’ai entendu dire 1000 fois qu’il était essentiel de démarrer à une allure modérée., mais prise par l’euphorie et l’excitation, j’ai oublié ce conseil.
Ce n’est pas grave, car peu de temps après, j’ai l’occasion de souffler un peu. Dans une gorge sauvage de toute beauté, il faut franchir une petite chute d’eau en montant une échelle en bois. Le peloton s’agglutine devant le passage. J’admire le cadre tout en essayant de ne pas tomber dans la rivière. Je repars tout de même les pieds mouillés, et ce ne sera pas la première fois de la journée, car le parcours me réserve d’autres flaques boueuses à traverser. À la fin, je suis étonnée de ne pas avoir eu d’ampoules malgré l’humidité. Je n’ai pas utilisé les pansements anti-ampoules que j’avais pris exprès.

« Je les prends ou pas ? » Je m’étais posé la question quelques jours avant la course. Finalement, je me suis décidée en faveur des bâtons de trail running. Si vous voulez savoir ce que j’avais emporté comme matériel essentiel, je vous ai fait la liste ici :
Heureusement que je me suis entraînée quelques fois au maniement des bâtons. J’ai donc pu les sortir rapidement, les assembler et les ranger à nouveau sans perdre de temps.
Je reste fan des bâtons Carbon Trail du fabricant français TSL (vous trouverez mon rapport de test ici), dont les clips magnétiques me permettent de les accrocher très facilement aux gantelets. C’est le genre de détail qui fait la différence sur les longues distances. Ma patience pour les manipulations compliquées est inversement proportionnelle à la longueur de la course.
Les bâtons soulagent un peu les jambes dans les nombreuses montées, une aide non négligeable sur la distance. Pour les courses plus longues avec un dénivelé, je continuerai à prendre mes bâtons.
J’arrive au premier ravitaillement au bout de 17 kilomètres. J’avais assez à boire jusqu’au deuxième ravitaillement à 34 kilomètres, mais je reprends tout de même de l’eau car je ne veux pas prendre de risques quand il fait plus de 20 degrés. Même si cela alourdit mon sac à dos et que mon allure s’en ressent...
À peine repartie, je suis dans le flow. Le parcours est varié et je ne pense plus aux kilomètres que j’ai encore à parcourir. Je perds la notion du temps, je connais l’extase du coureur. Je suis heureuse de pouvoir courir dans des conditions optimales. Le temps est ensoleillé et les paysages du Jura sont magnifiques. Je suis surprise par ces sensations positives. C’est vrai que la course me procure presque toujours du plaisir, sinon je ne le ferais pas, mais je ne m’attendais pas à une telle joie malgré l’intensité de l’effort fourni.

J’arrive au deuxième ravitaillement, déjà 34 kilomètres parcourus. Le temps est passé tellement vite, j’ai peine à le croire. Pas que je coure particulièrement vite, au contraire, même : je suis dans la moyenne. Pas très rapide, mais pas très lente non plus. Je n’ai tout simplement pas l’impression de m’ennuyer ou que la course s’éternise.
Le parcours est fait de haut et de bas et mes émotions aussi font le yo-yo. Après le deuxième ravitaillement à Saint-Ursanne, je me sens au top. La montée vers le Col de la Croix me semble facile. Arrivée en haut, j’admire la vue sur la vallée où serpente le Doubs.
Puis soudainement, tout change. Dans la descente, mes cuisses commencent à me faire mal et les premières crampes apparaissent. Des coureuses et coureurs me dépassent. Au lieu de sauter allègrement au-dessus des pierres et des racines, je me traîne comme un escargot. Aïe !
Je paie maintenant le prix de mon manque d’entraînement en dénivelé et dans les pentes. En effet, sur toute la course, je suis toujours dépassée dans les descentes et je rattrape mon retard dans les montées. Je retiens la leçon : avant ma prochaine course, je me préparerai sur des trails techniques et ciblerai surtout les descentes.
Heureusement, j’arrive enfin en bas de la pente. J’ai moins mal une fois en montée et mentalement aussi, je reprends du poil de la bête.
Grâce à la bonne organisation de la course et aux nombreux bénévoles, tout se déroule parfaitement. Je salue notamment l’absence de gobelets au ravitaillement, cela évite les déchets. Les coureuses et coureurs doivent apporter leur propre récipient pour boire (plus de précisions dans l’article sur l’équipement). On nous propose de l’eau, une boisson électrolytique, du cola et du bouillon. Il y en a pour tous les goûts en somme.
Je prends le départ avec un litre de ma propre boisson électrolytique préparée avec le mélange en poudre de Peak Punk. J’ai aussi une gourde de 500 millilitres d’eau. Sans oublier ma potion magique : une autre gourde de 500 millilitres de café froid. Ça va peut-être en rebuter certains, mais pour moi c’est indispensable sur les longues courses. Le goût du café neutralise la saveur sucrée des gels et autres en-cas. La caféine me donne aussi un regain d’énergie bienvenue pendant la course.
J’ai aussi des barres, des oursons gélifiés, un sandwich et des bretzels salés. On dirait que je me rends à un anniversaire d’enfant plutôt qu’à un événement sportif. J’ai transvasé au préalable les gels Maurten dans une flasque, ainsi, je n’ai pas à m’occuper de l’emballage pendant la course et les déchets restent à la maison.
En réalité, j’ai pris bien trop de choses à manger. Au vingtième kilomètre, j’arrive encore à avaler une barre, mais après, l’appétit disparaît. On dit toujours que l’énergie est la base pour les longues distances mais tout ne se passe pas comme prévu. Ce n’est qu’en voyant un morceau de fromage et des abricots secs au ravitaillement que ça repart. Les barres restent dans mon sac, mais l’énergie est de retour. Au kilomètre 41, je bois du cola avec du sel pour compenser les pertes en électrolytes dues à la transpiration. Cela me suffira jusqu’à l’arrivée. Je n’ai pas autant mangé que ce que j’avais prévu, mais visiblement c’était suffisant.

Je franchis la ligne d’arrivée, sourire aux lèvres. C’est la première fois que je fais une course aussi longue avec un tel dénivelé. Les jolis sentiers, les paysages et la gentillesse des gens que j’ai croisés m’ont marquée. Bien sûr, je n’ai pas vu l’arrivée de la championne suisse Nadja Fässler et du champion suisse Jerome Furer qui ont été bien plus rapides. Le fait d’avoir effectué le même parcours qu’eux ne fait que renforcer mon admiration pour leurs incroyables performances.
Les surprises ont été nombreuses, mais je retiens une chose : une telle course peut avoir une dose d’imprévu. L’essentiel est de savourer chaque foulée et chaque kilomètre, même si vous avez les jambes en feu. Peu importe la durée et la stratégie de ravitaillement, c’est une aventure dans tous les cas. Une aventure que je ne suis pas prête d’oublier !
Plongeuse scientifique, instructrice de SUP, guide de montagne... même si les lacs, les rivières et les mers sont mes terrains de jeu favoris, je ne me laisse pas porter par le courant, car j'ai encore beaucoup à apprendre et à découvrir. J'aime aussi prendre de la hauteur et changer de perspective en volant avec des drones et en faisant du trail.
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