
Ce que je retiens de cette réédition de SSD
Certains tests sont superflus. C’est le cas, par exemple, du Sandisk Optimus GX Pro 8100. Ce SSD n’est pas un nouveau produit, mais le symbole d’un secteur en stagnation.
Même produit, nouveau nom. En 2025, SanDisk a sorti le WD Black SN8100. J’avais alors estimé que, pour obtenir des performances maximales, il n’y avait pas d’autre choix que de se tourner vers ce SSD. Un an plus tard, il en va de même pour un produit identique, commercialisé sous le nom d’Optimus GX Pro 8100. Le mieux, c’est d’acheter le modèle le moins cher en ce moment.
Mais pourquoi est-ce que SanDisk relance le même SSD un an plus tard ? J’imagine que le secteur manque d’esprit d’innovation. Optimus n’est qu’une preuve parmi tant d’autres de cette crise.
Mise à jour : Comme certains d’entre vous l’ont indiqué dans les commentaires et comme le précise Sandisk, ce changement de nom s’explique par des raisons liées aux licences. J’en suis/étais bien conscient. Mais cela ne change globalement rien à mon argumentation selon laquelle le secteur de l’informatique est en crise. J’ai néanmoins adouci le ton du titre de l’article.
Moins de courage, moins d’idées
Un coup d’œil au Computex 2026 montre qu’il n’y a pas eu de grandes surprises. Il y a certes eu de nouveaux produits, mais rien de fou. Même le notebook soi-disant révolutionnaire de Nvidia a déçu. Il ne s’agit finalement que de cœurs CUDA et Arm dans un nouvel habillage.

Source : Capture d’écran YouTube/Nvidia
Les nouveaux designs sont rares, on évite de prendre des risques. Pourquoi ? Pas par manque de talent, mais à cause de priorités chamboulées dans un secteur qui réaffecte ses ressources.
Pas de pénurie, mais une réorganisation
La chaîne d’approvisionnement n’est pas en cause, il s’agit en réalité d’une redistribution délibérée. En octobre 2025, le patron d’OpenAI Sam Altman écrivait une lettre d’adieu à Samsung et SK Hynix. Ce n’était pas un contrat de vente, mais juste un signal et ça a suffi. Les fabricants de disques durs ont réduit leur production destinée aux biens de consommation, se sont tournés vers des contrats à court terme et ont priorisé les puces HBM pour l’IA qui génèrent des marges plus élevées.
Après des années de surproduction et de baisse des prix, les fabricants ont flairé la bonne affaire et sauté sur l’occasion. Il en résulte des marges colossales qui ont même dépassé celles de Nvidia et de TSMC. Micron a arrêté sa marque grand public Crucial afin de libérer des capacités. Corsair a dû choisir (en allemand) entre honorer d’anciennes commandes à perte ou mécontenter les clients en les annulant. Ce n’est pas une question de pénurie, mais de redistribution.

AMD : vieux silicium, nouveau prix
Même rengaine chez AMD (en allemand). Le RX 9070 GRE, un produit bien connu, est sorti sur un nouveau marché à son prix d’origine, malgré des caractéristiques techniques revues à la baisse. Dans le même temps, AMD a prolongé le support pour la plateforme AM5 jusqu’en 2029. Cela semble favorable aux clients, mais il faut sans doute y voir l’aveu que la prochaine génération de processeurs Zen 6 n’arrivera pas avant 2027.
Le schéma se répète : une vieille technologie, un nouveau nom, le prix fort. L’innovation cède la place au repositionnement. Et ce, alors même que de nombreux utilisateurs renoncent à mettre à niveau leur matériel à cause des prix élevés des DDR5.
Nvidia : le jeu vidéo passe au second plan
Nvidia continue de mettre en avant sa proximité avec les gamers, du moins dans ses keynotes. Côté compta, ce n’est pas vraiment le cas. Depuis 2026, NVIDIA ne présente plus le secteur « Gaming » comme poste à part (en anglais), mais l’inclut dans « Edge Computing ». Ce dernier englobe la robotique et les puces auto, totalisant moins de 8 % du chiffre d’affaires. L’ex-activité principale se retrouve reléguée au second plan.

La même tendance se retrouve chez les fabricants de cartes mères comme Asus et MSI. Malgré un chiffre d’affaires record, Nvidia annonce une baisse de ses ventes (en anglais). Le consommateur lambda perd en importance. Ce sont d’autres fabricants (Dell, HP, Lenovo), spécialisés dans les centres de données, qui réalisent les bénéfices.
Dommages collatéraux
Les fabricants de boîtiers, de refroidisseurs et d’alimentations, qui n’ont rien à voir avec le domaine de l’IA, sont touchés de plein fouet. Le prix de leurs produits n’a pas augmenté, mais la demande s’effondre. Comme personne ne construit de nouveau PC à cause des prix élevés des disques durs, personne n’a besoin de boîtier. Mon collègue Joshua, du service Category Management, confirme que notre boutique en ligne ressent bel et bien cette baisse.
La perte de connaissances
La perte de savoir est plus difficile à quantifier que les ventes. C’est précisément ce dont parlent les youtubeurs Jay, de Jayztwocents, et Steve, de Gamers Nexus. Les ingénieurs et les concepteurs produits expérimentés quittent le secteur informatique. L’un d’entre eux aurait par exemple largement contribué à imposer des concepts comme le cache pour bloc d’alimentation dans la conception des boîtiers. Aujourd’hui, ces profils sont licenciés ou quittent volontairement le secteur pour des cieux plus favorables. Une fois partis, ils reviennent rarement.
Le préjudice est insidieux ; pas de gros titres, pas de rapport trimestriel. Mais lorsqu’un secteur perd ses meilleurs éléments, ces derniers seront toujours absents si jamais la situation du marché venait à s’améliorer.
Prochaine vague : la consolidation
Que se passe-t-il lorsque les entreprises enregistrent des pertes pendant trop longtemps ? Elles consolident. Les petites entreprises mettent la clé sous la porte, il ne reste que quelques fournisseurs qui se partagent le gâteau. Le secteur des GPU est depuis longtemps un duopole, celui des disques durs compte désormais trois poids lourds. Comme les survivants sont rares dans le secteur des boîtiers et des blocs d’alimentation, la concurrence fait défaut et l’innovation s’effondre.

Source : Shutterstock / Artskrin
L’assemblage de PC devient un marché de niche
Cela signe-t-il la fin de l’assemblage de PC ? Certainement pas. Les gens continueront à jouer, mais la construction de PC ne sera plus aussi abordable. Le DIY n’est plus une solution d’entrée de gamme.
Ne reste plus qu’un passe-temps réservé aux passionnés, ceux qui construisent par plaisir et en ont les moyens. Le secteur a redéfini ses priorités, réaffecté ses ressources et réorienté ses investissements. Ceux qui se trouvent en bas de la chaîne alimentaire en subissent les conséquences.
Le Sandisk Optimus GX Pro 8100 n’est qu’un petit exemple. Mais parfois, un produit qui change de nom en dit plus long sur un secteur que n’importe quel chiffre.
La technologie et la société me fascinent. Combiner les deux et les regarder sous différents angles est ma passion.
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