
Galaxus vend-il des produits Temu ?
Le magazine de consommateurs « Saldo » nous reproche de revendre des produits de Temu à un prix bien supérieur à leur valeur. Concrètement, il s’agit d’un coupe-pommes de terre et d’autres articles de la marque Fischer², qu’un fournisseur suisse s’est procurés auprès de Temu et nous a vendus à un prix excessif, sans effectuer les contrôles requis. Nous faisons le point sur ce qui s’est réellement passé, les erreurs survenues et quel est le rapport avec des prix équitables.
Que s’est-il passé ?
Un lecteur du magazine de consommateurs Saldo a acheté chez nous un coupe-pommes de la marque Fischer² pour 14,90 francs suisses alors que le même produit est disponible chez Temu pour 2,91 francs. Cela a donné lieu au titre suivant : « Galaxus vendrait des produits Temu cinq fois plus chers ». Notre explication détaillée des circonstances qui ont conduit à ce cas particulier est ainsi passée inaperçue. C’est souvent ainsi que fonctionnent les médias aujourd’hui : l’extrapolation d’un cas isolé en une affirmation généralisée et dramatisée attire davantage l’attention qu’une analyse nuancée. Or, cette dernière exige un peu plus d’engagement tant de la part du journaliste que du lectorat. Nous saisissons cette occasion pour faire la lumière sur cette affaire.
Le cas concret
Nous vérifions chaque nouveau fournisseur et revendeur avant de l’accepter. Tous signent un contrat dans lequel ils s’engagent à respecter à la fois la législation suisse et nos propres directives.
Ce fournisseur travaille avec nous depuis longtemps et nous a toujours fourni des produits de qualité. Par la suite, il a commencé à acheter des marchandises directement auprès de Temu et à les mettre en vente chez nous. Comme ces produits étaient appréciés par la communauté, qu’ils recevaient de bonnes évaluations et que personne ne s’en plaignait, nous n’avons pas remarqué cette infraction. Nous disposons certes d’une grande équipe chargée de la gestion de nos fournisseurs et d’une autre équipe qui veille au respect des exigences légales, mais avec plusieurs millions de produits, un contrôle sans faille est tout simplement impossible.
À l’origine, la marchandise provenait de Temu. Le fournisseur s’est approvisionné auprès de cette plateforme, ce qu’il nous a d’ailleurs confirmé entre-temps, mais ce qui est déterminant, c’est ce qui s’est passé ensuite : il a lui-même importé les produits, les a stockés en Suisse et les a mis sur le marché à partir de là. Il ne s’agit pas de dropshipping. Dans le cadre du dropshipping, la plateforme envoie la marchandise directement de Chine à la clientèle, et personne sur le territoire national n’assume de responsabilité. Ici, en revanche, il existe une partie tangible et responsable en Suisse, à savoir le fournisseur, et même une deuxième partie en la personne de notre entreprise en tant que vendeuse. Le fait qu’une référence à la source d’approvisionnement Temu figurait encore sur la marchandise n’y change rien.
Le fournisseur a donc commis une double faute : il a manqué à ses obligations légales et, dans le même temps, a violé notre contrat. Il s’était engagé contractuellement à respecter la législation suisse et nos directives. Cela est d’autant plus grave qu’un objet destiné à entrer en contact avec des denrées alimentaires est soumis à des obligations légales plus strictes : pour ce type d’objets, l’ordonnance sur les objets destinés à entrer en contact avec des denrées alimentaires exige, selon le matériau, une attestation de conformité. Quiconque importe et met sur le marché ces produits à des fins commerciales doit, conformément à l’article 26 de la loi sur les denrées alimentaires, veiller à ce qu’elles répondent aux exigences légales et est tenu de procéder à des autocontrôles. Or, c’est précisément ces justificatifs et ces contrôles que le fournisseur n’a pas fournis.
C’est donc un cas assez clair. Un petit fournisseur a acheté des produits sur Temu, les a testés et a intégré à son assortiment ceux qu’il jugeait les meilleurs. Probablement sans mauvaise intention, mais sans comprendre qu’il enfreignait ainsi ses obligations légales et notre contrat.
Le comportement de ce fournisseur est tout à fait inacceptable à nos yeux. Nous assumons toutefois la responsabilité du fait que cela nous ait échappé dans ce cas précis. Il s’agit de notre fournisseur, et nous en assumons la responsabilité.
Dans le même temps, nous ne voulons pas donner une fausse impression : nous ne sommes pas systématiquement opposés aux produits en provenance de Chine, ni même à ceux que l’on trouve également sur Temu. En effet, des produits d’apparence similaire ne sont pas automatiquement identiques. Une usine en Chine peut à la fois exporter le même produit vers un fournisseur suisse, après l’avoir adapté aux normes du marché suisse, et le proposer sur Temu via un revendeur, sans cette adaptation. Nous avons testé cela nous-mêmes et montré à quel point ces produits peuvent se ressembler, tout en expliquant comment on peut malgré tout repérer les différences. La camelote en provenance de Chine est-elle vraiment partout ?. Temu propose lui aussi des millions de produits, et tous ne sont pas de mauvaise qualité, tant s’en faut. Ce qui est déterminant pour nous, ce n’est donc pas l’origine, mais le fait qu’un produit vendu chez nous respecte la réglementation locale, et nous ne voulons pas que des produits disponibles sur Temu soient vendus chez nous à un prix bien plus élevé sans apporter de réelle valeur ajoutée.
Pourquoi Temu propose-t-il des prix aussi bas ?
Exactement pour la même raison, car Temu n’est soumis à pratiquement aucune réglementation pour ses produits. La loi exclut expressément les importations effectuées par des particuliers (article 2, paragraphe 4, lettre b de la LMG) : toute personne physique qui passe une commande à l’étranger est considérée comme l’importateur et en assume l’entière responsabilité. Si le produit est nocif pour la santé ou si un appareil non conforme aux normes provoque un incendie, c’est le client ou la cliente qui est tenu pour responsable.
À cela s’ajoute le prix lui-même. Selon certaines analyses, Temu vend de nombreux articles à un prix inférieur à son coût de revient et perd de l’argent sur chaque commande, allant, selon les estimations, de quelques dollars à environ 30 dollars américains. Le chiffre le plus élevé, et le plus souvent cité, provient d’une analyse de la chaîne d’approvisionnement réalisée par le magazine Wired (en anglais) datant de 2023 et concerne les frais de livraison subventionnés de manière croisée sur le marché américain ; Temu conteste ces estimations. Le montant exact de la perte n’a pas d’importance pour notre argumentation. Ce qui est déterminant, c’est que ce marché est fortement faussé. En revanche, lorsqu’un fournisseur suisse s’approvisionne en Chine, comme nous le faisons chez Galaxus, et qu’il respecte toutes les règles (en important la marchandise en bonne et due forme, en se conformant à l’ensemble de la législation, en la stockant en Suisse et en la livrant à la clientèle), un produit bon marché devient alors rapidement plusieurs fois plus cher. Il en va de même, dans une moindre mesure, lorsque l’on achète un produit en Allemagne plutôt qu’en Suisse. Là-bas, il est généralement un peu moins cher, mais pas en raison d’un marché faisant l’objet de subventions croisées, mais parce que les coûts sur place sont moins élevés. En Suisse, les salaires (et donc les frais de personnel liés aux achats, aux entrepôts et au service client) sont plus élevés, tout comme les loyers des entrepôts et des locaux de travail. Ces deux éléments se répercutent finalement sur le prix de vente.
Cette inégalité de traitement a été constatée. En juin 2026, le Conseil fédéral a mis en consultation une révision partielle de la loi sur la sécurité des produits, dont la procédure est toujours en cours. Elle vise à imposer de nouvelles obligations aux acteurs du commerce en ligne, notamment en matière d’informations d’identification des produits, d’avertissements et de consignes de sécurité, de désignation d’un point de contact en Suisse et de collaboration avec les autorités chargées de l’application de la loi. Les plateformes étrangères devraient ainsi être amenées à se conformer davantage aux mêmes règles que celles qui s’appliquent depuis longtemps aux prestataires suisses. Nous saluons cette initiative sur le fond.
Pourquoi nous portons un regard critique sur Temu, et pourquoi cela n’est pas contradictoire
Saldo donne l’impression qu’il serait hypocrite de critiquer Temu tout en ayant vendu des produits Temu, or, l’un n’a rien à voir avec l’autre. Notre critique est fondée sur le fond et bien documentée, notamment dans nos propres articles :
- Des tests indépendants, comme ceux réalisés par la Stiftung Warentest allemande, montrent régulièrement qu’une grande partie des produits vendus sur Temu et d’autres plateformes similaires contient des substances nocives ou ne respecte pas les normes de sécurité, et que le marquage CE ne garantit pas à lui seul la sécurité (beaucoup de produits toxiques pour des prix peu élevés).
- À cela s’ajoutent des incitations à l’achat manipulatrices, des pratiques douteuses en matière de données et un coût environnemental élevé (Faire ses achats sur Temu ? C’est possible, mais potentiellement dangereux. Le fait qu’un seul fournisseur ait introduit subrepticement des produits Temu chez nous ne change rien à notre position. Au contraire : ce sont précisément ces produits non contrôlés que nous ne voulons pas dans notre gamme. Cette affaire confirme notre critique, elle ne la réfute pas.
Conditions à remplir par un nouvel importateur
Ce cas illustre bien ce qui importe. Quiconque met pour la première fois sur le marché suisse des marchandises provenant de l’étranger est considéré comme un importateur et assume ainsi l’entière responsabilité de leur conformité aux règles locales. Ce que cela signifie concrètement dépend du produit.
La plupart des biens de consommation sont régis par la loi sur la sécurité des produits ainsi que par son règlement. Pour les denrées alimentaires et les objets destinés à entrer en contact avec des denrées alimentaires, comme le coupe-pommes de terre dans le cas présent, c’est la loi sur les denrées alimentaires qui s’applique, ainsi que l’ordonnance sur les objets d’usage quotidien. Les exigences suisses sont, à cet égard, largement alignées sur celles de l’UE. En vertu de la loi fédérale sur les entraves techniques au commerce, le principe du Cassis de Dijon s’applique également : tout produit commercialisé légalement dans l’UE peut en principe être vendu en Suisse. Il existe toutefois des exceptions à ce principe. Les denrées alimentaires, par exemple, qui ne sont pas conformes à la réglementation suisse ne peuvent être mises sur le marché qu’avec l’autorisation préalable de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires.
Justificatifs et documentation
Avant la vente, un importateur doit s’assurer qu’un produit est conforme et être en mesure de le prouver.
- Pour de nombreuses catégories de produits, tels que les appareils électriques, les jouets ou les machines, le fabricant doit établir une déclaration de conformité et apposer le marquage CE sur le produit. L’importateur doit exiger cette déclaration et la conserver à disposition. Le logo CE seul ne suffit pas. Quiconque travaille avec rigueur se fait présenter les rapports d’essais correspondants émanant de laboratoires agréés. Ce n’est que pour les produits présentant des risques particulièrement élevés qu’un certificat délivré par un organisme de contrôle indépendant est également requis.
- Pour les objets destinés à entrer en contact avec des denrées alimentaires, le règlement sur les objets d’usage quotidien exige une preuve de conformité spécifique, par exemple une déclaration de conformité écrite pour les matières plastiques.
- En cas de contrôle aléatoire par les autorités compétentes, l’importateur doit être en mesure de présenter la documentation technique dans un délai très court. Quiconque ne la fournit pas s’expose à une interdiction de vente.
Étiquetage, langue et traçabilité
Dès que les marchandises sont livrées aux détaillants ou aux clients finaux, des obligations formelles supplémentaires doivent être respectées.
- Le distributeur doit être identifiable. Son nom et son adresse doivent figurer sur le produit, l’emballage ou les documents d’accompagnement, afin que la clientèle et les autorités sachent qui a importé la marchandise en Suisse. Pour les denrées alimentaires et les biens de consommation courante, la loi exige même qu’une personne responsable dispose d’une adresse commerciale en Suisse.
- Les modes d’emploi doivent être disponibles dans la langue officielle de la région de vente ; les avertissements et consignes de sécurité doivent figurer dans toutes les langues officielles ou être indiqués à l’aide de symboles clairs. Un manuel rédigé uniquement en anglais ou en chinois ne suffit pas pour les informations relatives à la sécurité.
- L’importateur doit garantir la traçabilité. Il doit donc consigner quelles marchandises il a achetées, d’où elles proviennent et à qui il les a livrées, afin qu’un produit puisse être rappelé en cas d’urgence. Rien de tout cela n’a d’extraordinaire. Il s’agit des démarches habituelles que tout commerçant sérieux effectue en Suisse. Or, c’est précisément ces démarches que le fournisseur n’a pas effectuées dans ce cas précis.
Les avantages d’acheter en Suisse
Un prix plus élevé n’est pas une fin en soi, notamment car il offre des avantages concrets :
- Une responsabilité clairement définie. Le fournisseur et le vendeur sont tous deux responsables. En cas de sinistre, vous n’êtes pas livré à vous-même.
- Respect de la législation suisse. Les normes de sécurité sont particulièrement strictes dans notre pays, notamment en matière de denrées alimentaires et de produits destinés à entrer en contact avec les aliments.
- Une disponibilité plus rapide, car la marchandise se trouve déjà en Suisse.
- Garantie, retour et service après-vente conformément au droit suisse.
Cela peut-il se reproduire ?
Pour être honnête, oui. Notre gamme comprend plusieurs millions de produits, et chaque mois, plusieurs centaines de milliers de produits sont ajoutés ou retirés. Nous devons pouvoir compter sur le fait que les fabricants et les fournisseurs respectent la législation : les fournisseurs suisses doivent respecter le droit suisse, et les fabricants basés dans l’UE doivent au minimum respecter la législation européenne. Nous continuerons à investir dans notre processus de sélection afin de détecter plus tôt à l’avenir des cas comme celui des produits Fischer².
Pour conclure
J’espère que cette explication nous a permis d’apporter un peu de clarté sur la question. La qualité à tous les niveaux est importante pour nous, et nous investissons énormément dans ce domaine. La complexité est grande, et nous pouvons toujours nous améliorer, c’est précisément ce à quoi nous travaillons.
Cool: construire des ponts entre le monde réel et le monde de l’information. Pas cool: prendre sa voiture pour aller faire ses courses. Ma vie est «en ligne» et l’ère de l’information ma patrie.
Des informations intéressantes sur le monde des produits, un aperçu des coulisses des fabricants et des portraits de personnalités intéressantes.
Tout afficher

