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Keystone / Carlo Fumagalli
En coulisse

La CM de 1986 au Mexique, c’était il y a 40 ans

David Lee
31/5/2026
Traduction : Stéphanie Klebetsanis

La Coupe du monde de football de 1986 est celle qui m’a le plus marqué. Je ne parle pas des matchs, mais plutôt de mon album Panini.

Je n’ai pas gardé les dernières Coupes du monde de football en mémoire, mais je garde un souvenir très clair de celle de 1986. Elle fête ses 40 ans aujourd’hui.

À l’époque, j’avais dix ans. Les expériences faites durant l’enfance sont celles qui marquent plus. Pour moi, les Coupes du monde d’aujourd’hui ne font que se répéter. Et puis les matchs et les tournois sont bien plus nombreux, ce qui rend inévitablement les matchs individuels moins importants.

Mais ce ne sont pas les matchs qui m’ont marqué en 86, c’est mon album d’autocollants Panini.

 Voilà à quoi ressemblent de futurs champions du monde.
Voilà à quoi ressemblent de futurs champions du monde.
Source : Capture d’écran tirée d’eBay

Comment créer des souvenirs

J’ai regardé quelques matchs en direct à la télévision ; ce genre de match ne dure pas très longtemps. Et puis quand on se concentre sur quelque chose pendant seulement 90 minutes, on l’oublie vite. Ma passion pour les autocollants Panini a duré bien longtemps, et je l’entretenais. Je collais les autocollants, je les échangeais avec mes amis, je notais les résultats, et tout mon argent de poche y passait. En fait, l’album et les images, surtout, m’accompagnent encore.

Voici l’armoire Ikea qui se trouvait dans ma chambre d’enfant. Je m’en servais surtout pour me débarrasser de tous les autocollants que j’avais en trop, y compris les images Panini. Elle a été reléguée depuis à la cave de la maison familiale, et elle a emporté les fameux autocollants avec elle.

 J’en ai un peu honte, j’avoue.
J’en ai un peu honte, j’avoue.
Source : David Lee

D’abord les images, puis les résultats

Les photos servent souvent de souvenirs. Les images Panini sont un peu différentes. Elles existaient avant les matchs et n’ont commencé à accumuler les souvenirs qu’au fil du championnat.

On doit évidemment les moments les plus marquants de la CM 86 à une légende du football : Maradona. Rien que le quart de finale contre l’Angleterre... En seulement quatre minutes, Maradona a marqué deux des buts les plus mémorables de l’histoire du football ! Ils montrent deux facettes du célèbre footballeur : un génie qui a marqué le but du siècle durant une Coupe du monde, et un provocateur qui a marqué un but illicite avec sa main (en anglais). Selon lui, on le doit un peu à sa tête, et un peu à la main de Dieu. Maradona s’est-il officiellement comparé à Dieu ? Cette remarque équivoque a presque plus énervé les Anglais que le but controversé en lui-même.

Je n’ai jamais vraiment pu lui en vouloir. Après tout, il a montré au monde entier à quel point le football peut être beau. Ses échauffements étaient plus impressionnants que les meilleurs moments de nombreux joueurs professionnels.

Les Brésiliens ont bien joué eux aussi, sans remporter le titre de champions du monde, malheureusement. Le match Brésil – France (en anglais) en quart de finale aurait tout aussi bien pu être la finale. Pour la deuxième fois depuis 1982, les danseurs de samba brésiliens ont été éliminés prématurément. C’était la fin d’une époque. Les joueurs comme Sócrates, qui se considéraient davantage comme des artistes que comme des athlètes, ont perdu leur place dans le football moderne. Mais l’album Panini leur a réservé une place d’honneur et les a fait entrer dans la postérité.

L’album m’a aussi fait découvrir le Mexique, pays hôte de la CM de 1986. Il contenait une carte géographique, des images des stades et des informations sur leur capacité. Le stade Azteca pouvait par exemple accueillir 120 000 personnes. Sa photo me faisait penser à la chaleur étouffante de la mi-journée sous laquelle les footballeurs devaient jouer pour que l’Europe puisse suivre les matchs aux heures de grande écoute. Sans oublier la « ola » – la vague humaine formée par les spectateurs jusqu’alors inconnue en Europe.

Comment rendre des mineurs accros

L’album Panini était gratuit, et il contenait tout ce que j’adorais quand j’avais dix ans : des chiffres, des faits et des statistiques. On y notait les résultats des qualifications de chaque équipe. J’ai saisi les matchs de la phase de groupes sur les pages des équipes, et ceux de la phase à élimination directe dans un tableau récapitulatif.

J’y notais aussi tous les stades, toutes les Coupes du monde précédentes et le pays organisateur, le vainqueur et le logo. J’ai beaucoup appris. Internet n’existait pas, et je n’y connaissais rien.

L’album Panini contenait tous les résultats des qualifications.
L’album Panini contenait tous les résultats des qualifications.
Source : Capture d’écran tirée d’eBay

Au début, j’aimais bien acheter les autocollants. J’allais au kiosque me procurer des petits paquets de six images choisies au hasard, avant de les coller dans l’album. Au début, voir l’album se remplir petit à petit était très gratifiant. Puis les images ont commencé à se répéter de plus en plus. Malgré tous les échanges faits avec mes amis, je me suis retrouvé avec 180 autocollants en double, et même cinq exemplaires d’un seul joueur ! Je ne me souviens plus qui c’était – un illustre Nord-Irlandais, il me semble –, mais je sais que je le détestais parce que j’avais cinq photos de lui. Finalement, j’ai pu commander les images manquantes, mais en quantité limitée, et elles m’ont coûté beaucoup plus cher que celles que j’achetais normalement.

J’ai quand même réussi à remplir l’album, et je l’ai gardé très longtemps avant de finir par m’en débarrasser. Dommage, surtout quand on voit les sommes exorbitantes pour lesquelles ces albums se vendent maintenant, et même les autocollants individuels !

Des portraits peu flatteurs

Enfant, je trouvais ça nul de voir à quel point certains joueurs avaient l’air stupides. Je n’ai jamais compris pourquoi les photos sont de si mauvaise qualité. Ça reste un mystère. Par exemple, le Danois Søren Lerby a la bouche ouverte et la langue qui pointe aux commissures des lèvres. Et de nombreux joueurs sont photographiés légèrement en contre-plongée. En général, ils se trouvent sur un terrain devant des tribunes pleines. Enfin, pour autant qu’on puisse les deviner malgré l’arrière-plan flou. Les a-t-on simplement pris en photo pendant l’hymne national ? Après avoir raté une occasion ? Ou alors qu’ils venaient de recevoir un carton jaune ? En tous cas, beaucoup d’entre eux semblent mécontents.

Quand on sait ce que Panini a gagné avec ces photos, n’aurait-on pas pu au moins organiser une vraie séance photo ?

 Je suis sûr qu’on aurait pu prendre une meilleure photo de Søren Lerby.
Je suis sûr qu’on aurait pu prendre une meilleure photo de Søren Lerby.
Source : Capture d’écran tirée d’eBay

Des semi-équipes et des équipes complètes

La CM de 1986 ne comptait que 24 équipes, et le Championnat d’Europe n’en avait que 8 jusqu’en 1992. Conséquence ? Moins d’autocollants Panini. L’augmentation du nombre d’équipes à 32, puis à 48, profite au marché des vignettes de football. Pour le gigantesque championnat de 2026, il faudra collectionner 980 stickers, soit 553 de plus qu’en 1986 !

Curieusement, Panini n’a pas saisi l’occasion d’augmenter son chiffre d’affaires en 1986. Le nombre d’images a même été réduit, car cinq équipes n’ont eu droit qu’à une seule page dans l’album au lieu de deux. Les autocollants des équipes de l’Algérie, de l’Irak, du Canada, du Maroc et de la Corée du Sud, contenaient même deux joueurs au lieu d’un. Cette décision est très étrange, d’autant plus qu’elle envoie un message pour le moins douteux : les rares équipes qui ne viennent ni d’Europe ni d’Amérique du Sud ne sont pas importantes. Autant cougner plusieurs joueurs sur une même vignette. Le Maroc, en revanche, a été placé avec les gagnants de groupes de l’Angleterre, du Portugal et de la Pologne. Aziz Bouderbala a d’ailleurs joué en Suisse au FC Sion, puis au FC Saint-Gall.

 Les Marocains ne comptaient qu’à moitié.
Les Marocains ne comptaient qu’à moitié.
Source : Capture d’écran tirée d’eBay

Une expérience et une leçon de vie qui valent une fortune

Vous l’avez compris, j’ai surtout vécu la Coupe du monde via cet album Panini. Je me souviens encore de l’image de chaque joueur. Ça me semble complètement dingue, surtout que je connais mal les joueurs d’aujourd’hui.

En fin de compte, ces autocollants n’étaient peut-être pas si surévalués que ça. Et ils m’ont fait vivre une sacrée expérience.

Attention, tout n’était pas rose pour autant. En 1986 déjà, ce système n’était déjà qu’une perfide arnaque pour soutirer de l’argent à de pauvres mineurs sans défense. Je n’ai jamais vraiment été du genre à avoir des frénésies d’achats, mais le système Panini m’a eu. J’ai dépensé toutes mes économies pour ces images de footballeurs. Pour la première et unique fois de ma vie, j’étais complètement fauché, je n’avais plus un rond.

Ça aussi, c’était une expérience importante qui a développé mon esprit critique. Depuis, je fais toujours attention au système qui se cache derrière tout ce que je compte acheter.

Photo d’en-tête : Keystone / Carlo Fumagalli

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Mon intéret pour l'informatique et l'écriture m'a mené relativement tôt (2000) au journalisme technique. Comment utiliser la technologie sans se faire soi-même utiliser m'intéresse. Dans mon temps libre, j'aime faire de la musique où je compense mon talent moyen avec une passion immense. 


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